Soixantenaire : début de la guerre de Corée...
15 septembre 1950 - débarquement d'Inchon, Corée du Sud.
Depuis trois jours, une puissante Force amphibie, principalement américaine et anglaise du Commonwealth, composée de 240 navires de guerre, appareillée du Japon pour l'essentiel, fait route vers les passes d'Incheon, en Corée, après avoir affronté en mer le typhon "Kexia"... Le bombardement naval ne cesse de croître en intensité et l'aviation pilonne sans arrêt ses objectifs...
C'est l'opération "chromite" décidée par le commandant en chef des Forces de la toute jeune ONU, le Général Douglas Mac Arthur qui va renverser le sort des armes sur ce sud de la péninsule envahie par les Forces communistes du Nord appuyées par leurs alliés chinois. La partie paraissait alors désespèrée pour les Forces terrestres Sud-coréennes et de l'ONU, acculées dans un périmètre de 50 kilomètres autour de Busan, ce grand port coréen sur le détroit de Tsushima. L'objectif, d'une grande hardiesse, était de couper en leur milieu, les lignes de communication de l'ennemi, largement distendues du fait de son avance rapide vers le Sud...
"Chromite" fut donc le fait d'armes décisif des troupes des Nations Unies qui a marqué le tournant de cette guerre fratricide déclenchée le 25 juin précédent et qui durera trois ans, mettant aux prises cinq millions de combattants et faisant deux millions et de morts principalement civils...
- Guerre de Corée, "La guerre oubliée... The forgotten war..."
Répondant à l'appel du Conseil de Sécurité de l'ONU, seize nations libres et démocratiques y envoyèrent des contingents militaires...
Parmi elles, la France qui ne pouvait fournir qu'une faible participation du fait de son engagement en Indochine contre le même ennemi, le communisme international. Elle enverra de France un bataillon de volontaires, le Bataillon Français de l'ONU, qui sera intégré au 23ème régiment d'infanterie de la fameuse Second "Indianhead" Infantry Division US, division américaine fondée en France, à Bourmont dans la Marne en 1917. Tout un symbole.
Et à Inchon, la participation navale française fut un bâtiment de guerre prélevé sur les Forces maritimes d'Extrême-Orient, l'aviso La Grandière F731, une frégate, intègrée pour l'opération au Fourth frigates squadron (F4), Commonwealth, dont le commandement était britannique... Nos marins faisaient grise mine (Trafalgar, Mers el Kébir...) mais c'était pour la bonne cause et les équipages anglais, canadiens, néo-zélandais, australiens, américains et français n'ont pas tardé à fraterniser dans le combat comme au port.
- À propos du nom "La Grandière" , un peu d'histoire:
Ce fut presque jour pour jour qu'en septembre 1866 la Marine de Napoléon III (1) montait une expédition punitive, placée sous les ordres du contre-amiral Pierre-Gustave Roze, contre le Régent du Royaume coréen, Daewongun, coupable d'avoir fait massacrer quelques uns de nos ressortissants, missionnaires catholiques, et un grand nombre de leurs ouailles locales. C'était la première fois dans l'Histoire qu'une nation occidentale se livrait à une action militaire contre la Corée.
Est-ce un hasard? Le nom porté par le navire français d'Inchon était celui de l'amiral Pierre-Paul de La Grandière, qui se distingua par ses grandes qualités d'administrateur parmi tous les amiraux-gouverneurs qui se succédèrent en Cochinchine au XIXème siècle, commandant à l'époque les Forces maritimes impériales à Saïgon, et qui géra avec une grande prudence l'expédition de Roze dont il était le supérieur.
Or c'est au cours de ladite expédition que les marins français saisirent dans la forteresse coréenne de Kanghwa un important butin constitué d'armes, de lingots d'or et d'argent et surtout d'une quantité de précieux rouleaux de peintures et d'ouvrages anciens appartenant aux archives du royaume coréen... Ces documents furent déposés à la Bibliothèque Nationale et font donc, depuis, de par la loi française, partie du patrimoine national inaliénable, ce qui empoisonne toujours à notre époque, les relations diplomatiques entre nos deux pays, les représentants de Corée du Sud ne manquant pas depuis quelques dizaines d'années de réclamer à toute occasion le retour de ces archives royales dans leur pays...
Des négociations serrées sont toujours en cours et le ton est parfois acerbe malgré l'amitié qui unit nos deux peuples.
Quoiqu'il en soit il convient de mettre au crédit du contre-amiral Roze de la Marine Impériale le fait que ces marins, cultivés et hautement respectueux (2), ont probablement opéré le sauvetage et assuré la conservation des précieux documents, car la forteresse de Kanghwa, reconstruite par les Coréens, fut à nouveau rasée lors d'une expédition de représailles américaine en 1871. En tout état de cause, ils n'auraient certainement pas échappé aux exactions des troupes japonaises en 1910, année de l'annexion de la Corée par le Japon, suivie d'une colonisation brutale qui dura jusqu'en 1945, l'occupant s'employant pendant 35 ans à effacer soigneusement toute trace de l'identité nationale coréenne...
Léon C. Rochotte,
Ingénieur retraité de la métallurgie
French Kor and Nam Vet Navy - Ancien de l'aviso La Grandière, 1950
(Remarque: le doyen de nos vétérans de la campagne de Corée de l'aviso La Grandière est le contre-amiral Louis Tailhades, un ami cher, alors lieutenant de vaisseau, 91 ans, bon pied, bon œil)
(1) "Napoléon III incarne le XIXe siècle français aussi puissamment que Louis XIV le Grand Siècle"
(Pierre Milza, historien)
(2) Roze avait en particulier à son bord un jeune enseigne de vaisseau, Henri Zuber, cartographe et peintre de talent, qui "de retour en France en 1868 démissionnera de la Marine et entre dans l'atelier du peintre Gleyre embrassant définitivement la carrière de peintre et, accessoirement celle d'illustrateur. Il est admis au Salon des artistes français en 1869. C'est en 1873 qu'il fera la narration de sa participation à l'expédition en Corée du contre-amiral Roze en 1866 dans le journal Le Tour du monde illustré de la maison Hachette, célèbre périodique consacré aux voyages et découvertes. Zuber est le premier auteur français à livrer sur le pays un texte accompagné d'images réalisées in situ et d'après nature. Plus qu'à la description de l'action militaire à laquelle il est intimement mêlé, il donne la première place aux Coréens du peuple, si déférents, cultivés et si chaleureusement hospitaliers, aux lettrés, aux magnifiques paysages bien entendu. Au passage, en bon occidental nourri des principes égalitaires du christianisme, il juge sévèrement la hiérarchie sociale qui caractérise leur culture confucéenne et qui bloque leur société comme en Chine, la véritable tyrannie que semble exercer le régent Taewon'gun (ou Heungseon Daewongun) et son gouvernement farouchement xénophobe auquel Roze a reçu mission de demander des comptes. Textes et illustrations, d'une grande finesse, feront l'objet d'une diffusion importante et inspireront, pas toujours heureusement, nombre d'extrême-orientalistes français de l'époque.'(Wikipédia).
On est loin des pilleurs barbares présentés par certains auteurs...
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http://www.netmarine.net/forces/operatio/coree/mines01.htm